Eléphantine, je l’ai construite de toutes pièces en 2015, avec l’idée en tête d’en faire un vélo pour voyager. Le premier périple effectué en sa compagnie fut la Loire à Vélo, un raid au fil de l’eau réalisé en autonomie complète grâce à son association avec une remorque Bob Yak. Il y eu ensuite quelques voyages, mais avec sacoches pour gagner encore en liberté cette fois-ci. Comme la Stevenson ou bien encore un tour inoubliable d’intensité réalisé selon la règle des 100kilomètres qui a suivi le premier confinement. Il y eu aussi quelques bêtises…. Et puis c’est tout, car j’avais entre-temps découvert le bikepacking et les joies de voyager léger. Pousser la machine dans ses derniers retranchements, avaler les kilomètres du matin au soir, faire défiler l’infini rouleau des paysages !!! Nancy/Villars, Saint Etienne/Nice, Saint Etienne/le Phare des Baleines… A chaque fois, voir mon petit point se déplacer à toute allure sur la carte suffisait à m’émerveiller. Je ne comptais ni les heures, ni mes efforts… Seul l’allure de ma progression avait grace à mes yeux, ainsi que l’étirement joyeux d’une journée, du lever au coucher du Soleil.
Et puis cette année cette idée d’éléphant traversant les Alpes m’a interrogé. Comment auraient été perçus ces animaux, si lourds, si puissants, si nous les avions affublés de si petites sacoches ? N’auraient-ils pas eu l’air un peu ridicules ??? Leur force n’est certainement pas leur vitesse ni leur fougue. La veritable force que nous respectons est l’inaltérable patience qui en résulte… Une force tranquille, trop souvent invisible dans la loi de la jungle…
Le constat posé j’ai écrit à l’amicale cyclo Pavillaise pour annoncer mon forfait à l’Hannibal Rider. Mais je partirai, tout de même. En solo et le plus fidèlement possible suivant le code des Eléphants. Eléphantine (autrefois appelée Bob Straggler ou Modestine) me semblait toute indiquée. Lourdement équipée, un cadre acier, des trains roulants de VTT, de grands volumes d’étoffes rouges pour les bagages. Seize kilogrammes auquel il faudra rajouter le poids de l’eau. Auxquels s’ajouteront encore ceux des bagages… Vêtements chaud, duvet, tente, nécessaire de toilette, nourriture… 18kg en tout, sacoche et manche de brosse à dent comprit. C’est en pensant confort que je les ai remplies. Je savais pourtant que plus je serais lourd, plus mon périple serait lent. Mais c’est bien ce que je cherchais… 36kg et 64 qui font 100, une somme enfin digne pour une sortie pachydermique…
31 juillet 2022, nous y sommes. Le départ officiel d’Hannibal sera jour de mon départ. Comme en 2020, je jour du dépassement est dépassé. Je me refuserai donc à prendre la voiture pour aller pédaler mais me concocte, à la place, une étape spéciale qui de Chevrières me conduira à Tournus, via Charolles, pour y trouver la trace de l’Eléphant…
Il me faudra un peu de temps encore pour digérer tout ce que j’ai vu durant ce voyage, pour que j’emboite et réorganise mes souvenirs rendu quelque fois vaporeux par la chaleur suffocante qui pendant des jours à frapper mon crâne fort fort heureusement bien abrité. Mais je n’ai que très rarement fait de parcours aussi complet. Le travail du traceur a été phénoménal et j’ai circulé à petite allure d’une friandise à l’autre. Parfois excessivement sucrées mais toujours harmonieusement parfumées. Dans ce voyage solo pas une seule fois je ne me suis ennuyé. Et quand Saint Etienne fut approché, c’est un peu triste que j’ai pédalé. J’aurais bien voulu pouvoir encore et encore vagabondé ainsi, d’un camping à l’autre, d’une boulangerie à l’autre, de sommets en sommets, de petits miracles en tours de magie, de photos en photos… D’ailleurs des photos j’en ai pris des centaines que j’ai rassemblées en petit album accessible ici : https://photos.app.goo.gl/3yj29Z6XDQSr1iPJ9
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Nous voici donc au terme de douze jours de voyage à travers les Alpes, de Saint Etienne à l’Iseran, par le Jura et le Vercors… Un total de 1300km pour 26000m de D+ basé sur une trace exceptionnelle, celle de l’Hannibal Rider, un brevet fédéral organisé par le club de Pavilly. Une compagne de route incroyable aussi, Eléphantine, un petit 36 d’après elle mais disons-le plutôt 38kg… Déhanchement d’allure un peu pataude mais comme je l’avais souhaité une démarche imperturbable… Une trace royale, fruit d’une succession de territoires et de paysages, sans aucuns temps morts, des moments de joies intenses et parfois des doutes terribles… Du temps pour ne rien faire, des soirées entières passées à contempler les étoiles, des nuits pleines sous la tente… Rien que du beau temps, des centaines de photos et d’émotions gravées, des ami·e·s par pur hasards rencontré·e·s, des murmures et des songes…
#Jour…1 : >> Charolles ;
– la plaine du Forez, mon père et mon frère qui m’accompagnèrent ;
– les gorges de la Loire, le château de la Roche ;
– le canal du centre liant Saône et Loire ;
– la première installation parmi les cris des gamins.