2026
08.12


Résumé

L’éclipse du 12 août 2026 était un événement que nous ne pouvions évidemment pas manquer. La Lune allait presque entièrement masquer le disque solaire, de 90 % à Dunkerque à près de 99,7 % à Hendaye. Une éclipse pas tout à fait totale, certes, mais déjà tellement impressionnante que nous avions, mon frère et moi, bien l’intention d’en profiter.

Il nous fallait maintenant décider de l’endroit. Un point forcément au sud, puisque le taux d’obscuration allait grandissant dans cette direction, accessible à vélo et offrant surtout une vue parfaitement dégagée vers l’ouest. L’éclipse étant prévue en soirée, le Soleil serait déjà très bas sur l’horizon et disparaîtrait derrière le relief avant même que la Lune ait terminé sa course.

Heureusement, Internet nous offre aujourd’hui des outils particulièrement puissants, comme ce site (eclipsemap.xyz), qui permet de simuler la visibilité depuis un endroit donné et fournit toutes les indications utiles pour comparer les différents sites. Les taches sombres indiquent notamment les reliefs susceptibles de gêner l’observation, voire de l’écourter.

Après plusieurs recherches, nous avons finalement retenu le Truc de Fortunio, qui culmine à 1 552 mètres d’altitude et constitue le sommet de la Margeride.

Le lieu d’observation était désormais connu. Restait à trouver le moyen de l’atteindre, en faisant si possible du parcours une aventure à part entière.

Je vais alors tracer trois étapes. La première doit nous permettre de quitter les environs de Saint-Étienne où nous habitons pour rejoindre un point situé à mi-distance du Truc. Ce sera Saint-Paulien, et plus précisément le château de la Rochelambert. La deuxième, la plus difficile, nous conduira jusqu’au point d’observation à travers les hauts plateaux de la Margeride. La troisième nous ramènera au Puy-en-Velay par des routes plaisantes et une succession de lacs : Charpal, Naussac et le Bouchet.

341 kilomètres au total pour environ 5 500 mètres de dénivelé. Un joli chantier !

# 11 août #

Il est 7 h 30 lorsque nous quittons Saint-Priest-en-Jarez, vélos chargés et baluchons sur le dos. Car cette itinérance-là se fera en autonomie de couchage, ce qui ne fera que renforcer l’aventure, surtout pour mon frère, qui effectue là sa toute première vélo-tente…

Après la folle escapade de l’an passé, le Black Surly reprend lui du service et emportera le gros du barda : tente, duvets, matelas, mais aussi nourriture et quelques vêtements de rechange. Le vélo du frangin sera, lui, plus légèrement chargé, avec sa nouvelle sacoche de selle qu’il utilise là pour la toute première fois.Alors forcément, les débuts sont un peu hésitants. Il faut bien s’habituer à cette charge supplémentaire et à la façon dont elle modifie le comportement du vélo.

Heureusement, on s’y fait vite et le rythme est déjà bien trouvé dans la longue montée de Chambles. Au sommet, une ânesse nous salue d’un « Hi-Han » digne de la fin du monde. Son maître, avec qui nous discutons quelques instants, est par chance un peu plus affable…

La route va alors se redresser d’un coup, jusqu’à Saint-Maurice-en-Gourgois où nous nous arrêtons quelques instants pour déguster un fabuleux chausson aux pommes. Mon frère, lui, découvre peu à peu ce qui fait le charme du voyage à vélo : ses boulangeries, ses pâtisseries, et toutes ces petites récompenses que l’on s’accorde en contrepartie des efforts volontairement consentis.

Les routes sont très belles, faites de plateaux entre 800 et 900 mètres d’altitude, ce qui nous amène encore un peu de fraîcheur, surtout après le petit orage qu’il a fait vers 5 heures. Le paysage est aussi moins grillé qu’il peut l’être dans le Forez, et cela fait un bien fou de voir de l’herbe verte dans les prés.

À Voirac, nous avons parcouru un peu plus d’une soixantaine de kilomètres lorsque nous décidons de nous arrêter manger un morceau. Pour moi, une barre immonde achetée au Lidl du coin ; pour mon frère, un sandwich qui me paraît bien appétissant et qui me fait surtout envie. Il faut dire que la fin d’étape va se corser, avec notamment les bosses de Saint-Georges-Lagricol puis de Chomelix. L’une d’elles, d’ailleurs, est particulièrement raide et, par son revêtement plus qu’approximatif, pousse mon frère à poser pied à terre.

Mais tout va bien pourtant pour lui, et il s’envole de plus en plus dans les bosses que je passe comme je peux, armé de mon gros bateau.

Nous sommes à la Croix-de-l’Arbre, que Nicolas m’avait fait découvrir il y a quelques années de cela, et allons plonger vers Saint-Geneys-Saint-Paulien, qui pourrait bien prétendre au titre de plus beau village de France avec ses ruelles décorées, son carrosse et ses nounours se balançant nonchalamment aux façades.

Saint-Paulien. Il est à peine quatorze heures lorsque nous entrons dans la commune où s’achève cette première étape. Tout s’est bien passé, hormis la chaleur devenue difficilement supportable : le département est en alerte canicule orange. Nous allons pouvoir consacrer le restant de l’après-midi à manger et à nous reposer. Car demain, c’est une longue journée qui nous attend.  😉

# 12 août #

La nuit a été compliquée. Mon frère n’a pas beaucoup dormi et je me demande bien s’il sera en mesure d’accomplir le parcours que nous nous sommes donné. Une longue trace sauvage qui, de Saint-Paulien, va nous déposer au sommet du Truc de Fortunio où, si tout va bien, nous profiterons pleinement de l’éclipse.

Les premiers kilomètres sont rendus difficiles par la circulation routière qui gravite dans l’aire d’attraction de la grande cité vellave. Les jambes de mon frère traînent à l’arrière et nous nous perdons quelques minutes aux alentours de Chaspuzac où j’ai repéré un Carrefour Market. Un sandwich triangle et un petit dessert aux amandes, arrosé d’un jus de fruits particulièrement savoureux, viendront compléter les quelques pains au chocolat mangés sous la tente et remettre, je l’espère, un peu d’envie dans les moteurs.

Nous quittons Chaspuzac. Et dès lors, la mauvaise route va prendre une meilleure tournure. Exit les voitures, bonjour les petites routes qui sillonnent, serpentent et vous surprennent. La longue montée vers Saint-Privat-d’Allier nous éveille. Nous découvrons cette petite bourgade située sur les chemins de Saint-Jacques, puis une petite route dont j’ignorais l’existence et qui va nous ramener dans les profondeurs des gorges, entre les nombreux promeneurs (et promeneuses !) de la marche à la coquille.

La plongée vers Monistrol-d’Allier est époustouflante, comme lors de chacun de mes passages : ses roches sombres posées en équilibre au-dessus du vide, son cours d’eau apportant la vie, cette impression étrange d’arriver quelque part…

Notre aventure a repris des couleurs… et quelques degrés aussi. La route, heureusement, fait bien les choses. Et nous allons pouvoir nous mettre à l’ombre dans ce qui constitue l’un des points forts du séjour : la D332, dans l’écrin de l’Ance qui s’écoule dans un bruit d’eau claire et triomphante. Le vélo, malgré le poids des sacoches, avance désormais seul, enivré par ce besoin d’en voir toujours plus. Une petite pause devant le barrage de Pouzas, puis nous repartons retrouver le soleil au niveau du barrage de la Valette (et non de Lavalette 😉 !).

Et puis la route, encore une fois, se cabre, avec près de 10 % à l’entrée de Chambon-le-Château. Dressée debout sur les pédales, la bête grince mais ne rompt pas, et nous entrons à notre tour dans une ville beaucoup plus grande que nous ne l’avions envisagé. Des fontaines, des places, des restaurants et, au détour d’une rue, une boulangerie sans fards mais qui nous promet des produits de première qualité. Une quiche et un pavé du randonneur pour moi, une pizza et une patte d’ours pour le frangin. Il est midi lorsque nous quittons les lieux, poursuivant notre course vers les terres oubliées de la Margeride, qu’il me tarde de lui faire découvrir…

Une découverte qui se concrétise peu à peu, dans la longue montée de la Croix-du-Bor (1 417 m). Les paysages jaunissent, les prés se jonchent de pierres, les vaches se maquillent le bord des yeux et broutent une terre presque dépourvue de toute trace humaine. Les cours d’eau s’entourent d’herbes hautes, les arbres nous saluent de leurs formes hésitantes. Les oiseaux piaillent et un air plus frais souffle sur les hauteurs.

Nous sommes bien. Avançant ici à notre petite allure. Sans aucun bruit.

Nous discutons de la suite. Et optons pour ce plan assez intéressant sur le papier. D’abord, nous irons à Monts-de-Randon où nous ravitaillerons à la faveur d’une petite épicerie, puis nous irons au camping monter la tente et y déposer tout l’attirail inutile pour une éclipse. Ceci étant fait, nous remonterons au Truc de Fortunio par le col du Cheval Mort. Une sacrée montée, mais abordée avec un vélo devenu d’un coup plus léger !

Ce plan était parfait et s’est donc déroulé sans accrocs. Nous voici donc au Truc, en train d’attacher les vélos à la clôture encerclant l’antenne. Peu de gens encore, mais de nombreuses voitures allaient commencer à arriver, ce qui était signe que nous ne nous étions pas trompés. Le Truc était, pour les gens du coin, l’endroit rêvé pour vivre une éclipse !

Et nous ne pouvions qu’approuver, depuis la table d’orientation où nous nous trouvions désormais et qui révélait sous nos yeux un panorama splendide à 360° : les monts du Cantal, l’Aubrac, les immenses forêts de la Margeride, le lac de Charpal et cette absence d’habitations à des kilomètres à la ronde. Ne subsistait qu’une seule petite incertitude : ces nuages qui parsemaient le ciel et qui, d’une certaine façon, nous avaient protégés jusqu’ici allaient-ils vouloir se dissiper pour laisser la danse des astres se dérouler ?

Autre difficulté et pas des moindres : trouver un spot où nous pourrions voir sans être gênés, où nous serions suffisamment confortablement installés pour en profiter. Ce spot, nous allions le trouver après être redescendus de quelques mètres le long du chemin.

Il est 19h 30. Chut… Et que le spectacle commence…

L’éclipse du 12 août 2026 vu du Truc de Fortunio (photo Benoit Dorel)

En position au Truc de Fortunio

# 13 août #

Des images plein la tête et une nuit bien meilleure que la veille au camping, Cédric et moi replions le campement pour ce qui sera l’épilogue de notre aventure. Aujourd’hui, nous redescendrons chercher notre train au Puy-en-Velay à 17 h 35, mais non sans en profiter encore un peu. Le parcours tracé ne se contentera donc pas d’être utilitaire. Il liera les lacs entre eux, comme autant de pauses fraîcheur dans cette journée qui sera la plus brûlante du séjour.

Notre première étape est le lac de Charpal (mais je préfère dire Lac Charpal, car cela fait résonner en moi l’appel des contrées lointaines…), un lac artificiel construit juste après la Première Guerre mondiale et qui, une fois la période des travaux passée, a créé une oasis de verdure absolument remarquable.

On imaginerait presque certaines contrées du Canada si on se laissait un peu aller, avec ces sapins sur l’autre rive et cette eau pure (c’est l’eau potable de Mende et de ses environs) où l’on s’arrêterait bien volontiers pêcher si nous ne devions pas encore mouliner un peu.

Nous nous remettons donc en selle, en direction du plateau du Palais du Roi et de ce passage exceptionnel qu’est la descente vers Châteauneuf-de-Randon… Assis sur la machine, seulement lâcher les freins et se laisser emporter vers cette vallée qui vous tend les bras…

Enrouler ensuite la braquasse sur la D988 jusqu’à Aurouzet où nous retrouverons de plus petits axes en direction de la Chaze et même Naussac. La rive sud du barrage de Naussac, l’un des autres inattendus du périple…

Nous voici à Naussac à l’heure de la pause déjeuner et la chaleur est désormais accablante. Nous allons donc nous arrêter un moment et redescendre sur Langogne, toute proche, pour trouver quelque chose à boire et à manger ! Une pause bien appréciable, sur les marches de la vieille place de l’église Saint-Gervais-Saint-Protais.

La trace va ensuite longer le lac dont le niveau apparaît tristement bas alors même que nous ne sommes que début août. Et puis il y a cette odeur de brûlé laissée par les incendies qui, ici, ont fait rage il y a peu. Sans commune mesure avec ce qui se passe en Gironde, heureusement, mais désolant tout de même…

Nous quittons ces forêts calcinées pour la verdure des gorges du Chapeauroux. Une belle route, mais pas assez pentue pour vous éviter de pédaler. Elle vous emmène tranquillement vers un lieu que l’on appelle le Nouveau-Monde. Un lieu qui doit son existence et son nom aux ouvriers chargés de la construction de la voie de chemin de fer reliant Paris à Marseille, au XIXe siècle. Et où il fait aujourd’hui terriblement chaud !

Pour sortir de cette fournaise, j’indique à mon frère la route à suivre. Oui, celle-là même qui se détache en s’enroulant sur la colline. Nous débutons l’ascension, avec cette idée réconfortante de savoir que ce sera la dernière du périple. Saint-Haon, encore un effort pour arriver au Bouchet-Saint-Nicolas où je montre au frangin l’emplacement de ma première nuit sous la tente et où nous prenons de l’eau.

Le lac du Bouchet est tout près. Un beau lac de volcan, tout rond, où une foule impressionnante s’est donné rendez-vous. Depuis les berges, quelques gouttes et le grondement du tonnerre. Pourvu qu’il ne pleuve pas, que nous puissions terminer notre virée comme nous l’avons commencée…

Il ne pleuvra pas. Et nous terminerons cette escapade motivée par une éclipse comme il n’en arrive que rarement, à la gare du Puy-en-Velay. Un retour en train, facile, le long des gorges de Loire. Une parenthèse parfaite pour s’extraire doucement de la magie d’une aventure partagée à deux.

Trois jours de vélo. Pour quelques minutes d’une lumière un peu étrange…

 


Fiche

Descriptif :

GPX : Eclipse : 3jours pour un peu d’ombre
Pays : France
Région : Rhône-Alpes-Auvergne
Dépt : Loire
Ville de départ : Saint-Priest-en-Jarez (42270)
Difficulté : Haute
Distance : 341km / Dénivelé : 5500m
Durée : 20 heures 49min sur 3 jours
Sport : Cyclo-camping


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