2026
10.17


Résumé

Un dernier ravitaillement bruyant aux couleurs d’Halloween !

Exit le soleil radieux de ces dernières semaines. Le temps a brusquement tourné et c’est sous une grosse pluie que je me dirige vers Chalain-d’Uzore, d’où partiront les remarquables Croix d’Automne, une classique de fin de saison et, pour des raisons qui me sont propres, certainement l’une de mes préférées !

5 h 45, j’arrive sur le parking de la petite salle dans laquelle la lumière est déjà allumée… Derrière les vitres, j’aperçois Céline, JJ et Gilles (de Pont-Salomon), qui sont déjà arrivés… Il faut dire que le départ sera matinal ! 6 h pile, comme le souhaite Laurent Vial, membre des Amis de Chalain et créateur du magnifique parcours de 100 km qui nous attend. On ne fait pas 100 km à VTT tous les jours !

Les premiers tours de roue sont, comme toujours, assez déroutants. Il fait nuit noire, bien sûr, et il faut trouver ses repères dans le faible halo des frontales qui nous escamote les paysages, mais aussi une partie de ce qui va se glisser sous nos roues. Le sable, la terre, les pierres, le relief, tout est différent et nous devons être particulièrement prudents si nous ne voulons pas faire comme ces quelques ragondins que nous entendons plonger à grand fracas dans le canal…

Céline et Gilles n’ont jamais roulé de nuit, JJ et moi avons eu quelques expériences plus ou moins heureuses… Malgré tout, leur grande maîtrise du VTT leur permet de compenser parfaitement la vision réduite et nous trouvons rapidement notre rythme sur ce terrain qui se mettra rapidement à monter pour insister ensuite sur presque 30 km, nous emmenant jusqu’au plateaux des Hautes Chaumes. Un beau programme !

Rapidement, nous nous échauffons et devons nous arrêter une première fois pour enlever quelques couches. Il fait 13 degrés, ce qui est particulièrement doux pour la saison !

Soudain, une haie broyée, arrachée, décimée sur une bonne centaine de mètres. Partout, des branches, des débris, étalés, éclatés, écartelés. Mes camarades s’y enfoncent. Je les suis, inquiet pourtant d’y laisser quelques chambres à air, moi qui suis toujours en 26 pouces et sans tubeless. Éclair de lucidité tardif, je termine les derniers mètres à pied… mais le mal est fait. J’ai une mauvaise sensation, comme si je manquais de pression, comme si j’avais du mal à avancer… Je n’ai pourtant pas crevé, juste les jambes qui, je le sens, ne sont pas les meilleures aujourd’hui…

Le chemin entre dans le sous-bois et longe une rivière asséchée. Le hululement de la chouette. Et un cri beaucoup plus inquiétant encore qui vient de l’arrière. Nous nous arrêtons net, mais ce n’est que Céline qui, semble-t-il, a un problème. Quelques secondes de flottement dans le groupe avant de la rejoindre. Le diagnostic est vite posé. Sa chaîne s’est coincée derrière la cassette, tout contre les rayons… Si elle a forcé, c’est mort, mais heureusement, elle a eu le bon réflexe et nous parvenons à la remettre sur ses pignons…

La pente se redresse, sévère, et Céline, déjà plus à l’aise dans l’obscurité, passe tandis que nous poussons… J’étais sûr que le VTT la nuit allait lui plaire !

7 h 30, l’aube arrive doucement et nous découvrons les vallons qui nous entourent… Les bâtiments agricoles dans lesquels on s’affaire, les chiens qui jappent à notre passage, cette automobiliste qui nous salue derrière la vitre… Le monde s’éveille. Nous avec lui.
Kilomètre 23, voici Roche-en-Forez, où nous trouvons le premier ravitaillement en pleine installation. Comme l’an dernier, Éric (des Amis de Chalain, toujours) a eu la délicate attention d’apporter une succulente brioche à la praline. Un café, une grosse part, dont nous nous régalons. C’est vraiment gentil de sa part et nous le remercions. Pendant ce temps, trois autres cyclistes, dont une féminine (Manon ou Marion ?!), arrivent. Eux aussi font le 100 kilomètres, avec l’avantage sur nous de l’avoir déjà fait l’an passé. Autre année, autre ambiance. Il est cette fois bien peu probable que nous puissions passer la tête par-dessus la mer de brume…

Ce n’est pas faute d’essayer, pourtant ! Nous montons, montons et montons encore. Déjà près de 1 000 mètres, en 25 kilomètres, avec un peu de plat, quelques descentes. Et il faut s’accrocher, car mes trois camarades appuient et appuient fort, s’approchant chaque fois un peu plus de cette blancheur qui n’augure rien de bon.

Tac, ça y est. La première goutte. Pas grosse, plutôt très fine, mais qui arrive en compagnie d’une ribambelle d’amies… Se couvrir et transpirer… Ne pas se couvrir et se mouiller… Nous poursuivons, enchaînant ces chemins dans lesquels les feuilles mortes sont de plus en plus nombreuses… absorbant cette humidité qui pourtant fait tant de bien à la nature… Puis nous sortons du bois et allons rapidement nous rendre compte que la pluie ne serait pas toute seule à nous titiller. Le vent, plutôt frais, nous oblige cette fois à nous arrêter. Enfilons nos vestes, et tant pis pour le sauna…

Bientôt, le balisage que nous suivions jusqu’ici disparaîtra. À gauche, le 70 km, à droite, le 100 km, une intersection devant laquelle nous ne discuterons que pour la forme. Il est pour nous tellement évident de continuer, malgré la pluie, malgré le froid, malgré ce brouillard épais qui nous enveloppe… Ces Croix d’Automne sont notre défi de fin de saison. Nous nous sommes entraînés pour ça. Et il serait bien trop facile de renoncer.

Les vaches, placides derrière leur clôture. Les moutons, noirs pour la majorité, qui se fondent dans la végétation. D’autres, un peu plus loin sur le chemin, qui s’affolent et courent dans tous les sens. Si nous serons certainement peu nombreux à les déranger aujourd’hui, nous les observons faire, non sans plaisir…

Les Hautes Chaumes sont autour de nous, nous les sentons, mais ne pourrions vous les décrire. Seulement le vent qui nous glace et cette étrange sensation d’être allés un peu plus loin que sur les montagnes voisines… Il faut dire que le mauvais temps donne à cet endroit des airs d’Islande, d’Écosse ou autres territoires lointains comme les reportages aiment à nous les montrer… Nous ne voyons rien. À peine un arbre, tout rabougri et couché par les vents dominants. Des herbes rêches et marrons. Une terre lourde et noire comme la suie… Alors nous imaginons…

Les chemins désormais sont larges et roulants… Nous filons, vent légèrement de dos, vers ce col que l’on dit parfois Supeyres : 1 366 m. Une cabane couverte de la chaume du pays et dans laquelle Céline irait bien se mettre un peu à l’abri.

Mais nous ne cédons pas, et poursuivons notre progression sur l’autre versant du Forez. Un profil descendant, plutôt roulant, mais qui n’a d’autre effet que de nous glacer et de nous faire tomber les doigts un peu plus. Nous nous arrêtons, enfilant gants, K-way et toutes les couches que nous nous étions jusqu’ici bien gardés de mouiller. Tant pis.

Les chemins sont sublimes, heureusement. Décorés de vieilles forêts où se côtoient les essences multiples de feuillus, fougères et autres résineux. Une forêt libre, brouillonne, mais tellement vivante, dans laquelle nous glissons au bruit insupportable de nos freins à disque.
Le lac des Pradeaux et son curieux barrage sont une découverte pour moi. Je ne savais pas qu’il y avait un lac aux Pradeaux ! Comme quoi, on apprend toujours des trucs grâce au vélo !

Nous hésitons, mais décidons de descendre jusqu’au hameau, avec l’espoir secret d’y trouver un endroit au sec pour nous réchauffer… Malheureusement, nous ne trouvons rien d’autre que la terrasse semi-couverte d’un restaurant à vendre… Nous enjambons la barrière et nous asseyons contre la devanture de l’édifice. Derrière la vitre, un espace propre, avec de grands radiateurs… L’ultime tentation… !

Au lieu de ça, nous déjeunons en grelottant… Riant nerveusement de voir Jean-Jacques tenter maladroitement de manger son fruit, ratant sa bouche. Nerveusement jusqu’à en avoir les larmes aux yeux…

Le lac des Pradeaux, sa plage sur l’autre rive où nous aurions pu facilement pique-niquer hier, les pieds dans l’eau… Aujourd’hui, ce n’est pas le cas, mais nous y vivons tout de même une petite éclaircie qui nous réchauffe et nous réconcilie avec ce que nous sommes en train de faire.

Un beau défi, sur des chemins absolument incroyables et de partout entourés de couleurs insensées. Toute la beauté des Hautes Chaumes et d’un automne, qui prend ici toujours un peu d’avance sur la vallée.

KM 70. Col de Barracuchet (1 267 m). Nous venons de quitter la boucle seulement balisée par GPS et retrouvons le 70 km, mais aussi le ravitaillement où nous avions signé l’an dernier, sous le soleil, pour cette aventure grandeur nature. Le ravitaillement nous fait du bien. On y trouve Coca, saucissons à la peau cendrée et de généreuses tranches de la fourme du coin… Les discussions vont bon train quand arrivent, tout sourire, deux cyclos du TAC. Eux sont partis à 8 h, font le 100 km et nous ont donc collé deux heures… ! Mais nous nous consolons en nous disant que les trois cyclos croisés au premier ravito ne nous ont, eux, pas encore rattrapés.

Voilà. Les jeux sont faits. Il nous reste 30 km, à peine un peu plus de 300 mètres de dénivelé, même si les GPS, dans l’humidité ambiante, ont lâché prise. Quand Céline roule à 99 km/h, Jean-Jacques n’a pas fait les deux tiers du dénivelé parcouru par Gilles. Ils sont pourtant à la même place, je vous l’assure…

Mais peu importe les chiffres. Il faut finir et nous nous régalons. Le retour est fantastique, roulant, sans jamais être dangereux, et nous nous amusons malgré le froid et la fatigue qui commence vraiment à se faire sentir. Nous sommes en passe de réussir notre défi : réaliser le 100 kilomètres de Chalain dans ces conditions climatiques vraiment pas faciles. Les descentes s’enchaînent, les sentiers s’enroulent, les bosses, même les plus terribles, n’arrêtent plus Céline qui, décidément, est imbattable quand la pente est forte.

Gilles et JJ sont bien aussi, et nous terminons ce VTT contents mais pas cassés. Avec surtout, déjà en tête, l’idée d’y retourner…

Il est 16 h 45, il nous aura fallu un peu plus de 10 heures pour boucler la boucle.
L’accueil est chaleureux. Et le repas chaud associant écrasé de pommes de terre et saucisses est vraiment apprécié.

Je terminerai en remerciant tout particulièrement mes compagnons de route, Laurent Vial pour ce formidable tracé, Éric, toute l’équipe des Amis de Chalain et notamment les allumés du dernier ravitaillement, toujours déguisés, toujours déchaînés, pour la bonne humeur qu’ils ont su partager.

Des Croix d’Automne 2026, plus que jamais fidèles à leur réputation.

Fiche

 

GPX : Les Croix d’Automne 2026
Pays : France
Dépt : Rhône-Alpes
Départ : Chalain d’Uzore (42600)
Difficulté : Haute
Distance : 101km / D+ : 2500m
Durée : 8 heures 46
Sport : Cyclisme VTT


 

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