2026
08.12

Eclipse du 12/08/26 : 3 jours pour un peu d’ombre


Résumé

L’éclipse du 12 août 2026 était un événement que nous ne pouvions évidemment pas manquer. La Lune allait presque entièrement masquer le disque solaire, de 90 % à Dunkerque à près de 99,7 % à Hendaye. Une éclipse pas tout à fait totale, certes, mais déjà tellement impressionnante que nous avions, mon frère et moi, bien l’intention d’en profiter.

Il nous fallait maintenant décider de l’endroit. Un point forcément au sud, puisque le taux d’obscuration allait grandissant dans cette direction, accessible à vélo et offrant surtout une vue parfaitement dégagée vers l’ouest. L’éclipse étant prévue en soirée, le Soleil serait déjà très bas sur l’horizon et disparaîtrait derrière le relief avant même que la Lune ait terminé sa course.

Heureusement, Internet nous offre aujourd’hui des outils particulièrement puissants, comme ce site (eclipsemap.xyz), qui permet de simuler la visibilité depuis un endroit donné et fournit toutes les indications utiles pour comparer les différents sites. Les taches sombres indiquent notamment les reliefs susceptibles de gêner l’observation, voire de l’écourter.

Après plusieurs recherches, nous avons finalement retenu le Truc de Fortunio, qui culmine à 1 552 mètres d’altitude et constitue le sommet de la Margeride.

Le lieu d’observation était désormais connu. Restait à trouver le moyen de l’atteindre, en faisant si possible du parcours une aventure à part entière.

Je vais alors tracer trois étapes. La première doit nous permettre de quitter les environs de Saint-Étienne où nous habitons pour rejoindre un point situé à mi-distance du Truc. Ce sera Saint-Paulien, et plus précisément le château de la Rochelambert. La deuxième, la plus difficile, nous conduira jusqu’au point d’observation à travers les hauts plateaux de la Margeride. La troisième nous ramènera au Puy-en-Velay par des routes plaisantes et une succession de lacs : Charpal, Naussac et le Bouchet.

341 kilomètres au total pour environ 5 500 mètres de dénivelé. Un joli chantier !

# 11 août #

Il est 7 h 30 lorsque nous quittons Saint-Priest-en-Jarez, vélos chargés et baluchons sur le dos. Car cette itinérance-là se fera en autonomie de couchage, ce qui ne fera que renforcer l’aventure, surtout pour mon frère, qui effectue là sa toute première vélo-tente…

Après la folle escapade de l’an passé, le Black Surly reprend lui du service et emportera le gros du barda : tente, duvets, matelas, mais aussi nourriture et quelques vêtements de rechange. Le vélo du frangin sera, lui, plus légèrement chargé, avec sa nouvelle sacoche de selle qu’il utilise là pour la toute première fois.Alors forcément, les débuts sont un peu hésitants. Il faut bien s’habituer à cette charge supplémentaire et à la façon dont elle modifie le comportement du vélo.

Heureusement, on s’y fait vite et le rythme est déjà bien trouvé dans la longue montée de Chambles. Au sommet, une ânesse nous salue d’un « Hi-Han » digne de la fin du monde. Son maître, avec qui nous discutons quelques instants, est par chance un peu plus affable…

La route va alors se redresser d’un coup, jusqu’à Saint-Maurice-en-Gourgois où nous nous arrêtons quelques instants pour déguster un fabuleux chausson aux pommes. Mon frère, lui, découvre peu à peu ce qui fait le charme du voyage à vélo : ses boulangeries, ses pâtisseries, et toutes ces petites récompenses que l’on s’accorde en contrepartie des efforts volontairement consentis.

Les routes sont très belles, faites de plateaux entre 800 et 900 mètres d’altitude, ce qui nous amène encore un peu de fraîcheur, surtout après le petit orage qu’il a fait vers 5 heures. Le paysage est aussi moins grillé qu’il peut l’être dans le Forez, et cela fait un bien fou de voir de l’herbe verte dans les prés.

À Voirac, nous avons parcouru un peu plus d’une soixantaine de kilomètres lorsque nous décidons de nous arrêter manger un morceau. Pour moi, une barre immonde achetée au Lidl du coin ; pour mon frère, un sandwich qui me paraît bien appétissant et qui me fait surtout envie. Il faut dire que la fin d’étape va se corser, avec notamment les bosses de Saint-Georges-Lagricol puis de Chomelix. L’une d’elles, d’ailleurs, est particulièrement raide et, par son revêtement plus qu’approximatif, pousse mon frère à poser pied à terre.

Mais tout va bien pourtant pour lui, et il s’envole de plus en plus dans les bosses que je passe comme je peux, armé de mon gros bateau.

Nous sommes à la Croix-de-l’Arbre, que Nicolas m’avait fait découvrir il y a quelques années de cela, et allons plonger vers Saint-Geneys-Saint-Paulien, qui pourrait bien prétendre au titre de plus beau village de France avec ses ruelles décorées, son carrosse et ses nounours se balançant nonchalamment aux façades.

Saint-Paulien. Il est à peine quatorze heures lorsque nous entrons dans la commune où s’achève cette première étape. Tout s’est bien passé, hormis la chaleur devenue difficilement supportable : le département est en alerte canicule orange. Nous allons pouvoir consacrer le restant de l’après-midi à manger et à nous reposer. Car demain, c’est une longue journée qui nous attend.  😉

# 12 août #

La nuit a été compliquée. Mon frère n’a pas beaucoup dormi et je me demande bien s’il sera en mesure d’accomplir le parcours que nous nous sommes donné. Une longue trace sauvage qui, de Saint-Paulien, va nous déposer au sommet du Truc de Fortunio où, si tout va bien, nous profiterons pleinement de l’éclipse.

Les premiers kilomètres sont rendus difficiles par la circulation routière qui gravite dans l’aire d’attraction de la grande cité vellave. Les jambes de mon frère traînent à l’arrière et nous nous perdons quelques minutes aux alentours de Chaspuzac où j’ai repéré un Carrefour Market. Un sandwich triangle et un petit dessert aux amandes, arrosé d’un jus de fruits particulièrement savoureux, viendront compléter les quelques pains au chocolat mangés sous la tente et remettre, je l’espère, un peu d’envie dans les moteurs.

Nous quittons Chaspuzac. Et dès lors, la mauvaise route va prendre une meilleure tournure. Exit les voitures, bonjour les petites routes qui sillonnent, serpentent et vous surprennent. La longue montée vers Saint-Privat-d’Allier nous éveille. Nous découvrons cette petite bourgade située sur les chemins de Saint-Jacques, puis une petite route dont j’ignorais l’existence et qui va nous ramener dans les profondeurs des gorges, entre les nombreux promeneurs (et promeneuses !) de la marche à la coquille.

La plongée vers Monistrol-d’Allier est époustouflante, comme lors de chacun de mes passages : ses roches sombres posées en équilibre au-dessus du vide, son cours d’eau apportant la vie, cette impression étrange d’arriver quelque part…

Notre aventure a repris des couleurs… et quelques degrés aussi. La route, heureusement, fait bien les choses. Et nous allons pouvoir nous mettre à l’ombre dans ce qui constitue l’un des points forts du séjour : la D332, dans l’écrin de l’Ance qui s’écoule dans un bruit d’eau claire et triomphante. Le vélo, malgré le poids des sacoches, avance désormais seul, enivré par ce besoin d’en voir toujours plus. Une petite pause devant le barrage de Pouzas, puis nous repartons retrouver le soleil au niveau du barrage de la Valette (et non de Lavalette 😉 !).

Et puis la route, encore une fois, se cabre, avec près de 10 % à l’entrée de Chambon-le-Château. Dressée debout sur les pédales, la bête grince mais ne rompt pas, et nous entrons à notre tour dans une ville beaucoup plus grande que nous ne l’avions envisagé. Des fontaines, des places, des restaurants et, au détour d’une rue, une boulangerie sans fards mais qui nous promet des produits de première qualité. Une quiche et un pavé du randonneur pour moi, une pizza et une patte d’ours pour le frangin. Il est midi lorsque nous quittons les lieux, poursuivant notre course vers les terres oubliées de la Margeride, qu’il me tarde de lui faire découvrir…

Une découverte qui se concrétise peu à peu, dans la longue montée de la Croix-du-Bor (1 417 m). Les paysages jaunissent, les prés se jonchent de pierres, les vaches se maquillent le bord des yeux et broutent une terre presque dépourvue de toute trace humaine. Les cours d’eau s’entourent d’herbes hautes, les arbres nous saluent de leurs formes hésitantes. Les oiseaux piaillent et un air plus frais souffle sur les hauteurs.

Nous sommes bien. Avançant ici à notre petite allure. Sans aucun bruit.

Nous discutons de la suite. Et optons pour ce plan assez intéressant sur le papier. D’abord, nous irons à Monts-de-Randon où nous ravitaillerons à la faveur d’une petite épicerie, puis nous irons au camping monter la tente et y déposer tout l’attirail inutile pour une éclipse. Ceci étant fait, nous remonterons au Truc de Fortunio par le col du Cheval Mort. Une sacrée montée, mais abordée avec un vélo devenu d’un coup plus léger !

Ce plan était parfait et s’est donc déroulé sans accrocs. Nous voici donc au Truc, en train d’attacher les vélos à la clôture encerclant l’antenne. Peu de gens encore, mais de nombreuses voitures allaient commencer à arriver, ce qui était signe que nous ne nous étions pas trompés. Le Truc était, pour les gens du coin, l’endroit rêvé pour vivre une éclipse !

Et nous ne pouvions qu’approuver, depuis la table d’orientation où nous nous trouvions désormais et qui révélait sous nos yeux un panorama splendide à 360° : les monts du Cantal, l’Aubrac, les immenses forêts de la Margeride, le lac de Charpal et cette absence d’habitations à des kilomètres à la ronde. Ne subsistait qu’une seule petite incertitude : ces nuages qui parsemaient le ciel et qui, d’une certaine façon, nous avaient protégés jusqu’ici allaient-ils vouloir se dissiper pour laisser la danse des astres se dérouler ?

Autre difficulté et pas des moindres : trouver un spot où nous pourrions voir sans être gênés, où nous serions suffisamment confortablement installés pour en profiter. Ce spot, nous allions le trouver après être redescendus de quelques mètres le long du chemin.

Il est 19h 30. Chut… Et que le spectacle commence…

L’éclipse du 12 août 2026 vu du Truc de Fortunio (photo Benoit Dorel)

En position au Truc de Fortunio

# 13 août #

Des images plein la tête et une nuit bien meilleure que la veille au camping, Cédric et moi replions le campement pour ce qui sera l’épilogue de notre aventure. Aujourd’hui, nous redescendrons chercher notre train au Puy-en-Velay à 17 h 35, mais non sans en profiter encore un peu. Le parcours tracé ne se contentera donc pas d’être utilitaire. Il liera les lacs entre eux, comme autant de pauses fraîcheur dans cette journée qui sera la plus brûlante du séjour.

Notre première étape est le lac de Charpal (mais je préfère dire Lac Charpal, car cela fait résonner en moi l’appel des contrées lointaines…), un lac artificiel construit juste après la Première Guerre mondiale et qui, une fois la période des travaux passée, a créé une oasis de verdure absolument remarquable.

On imaginerait presque certaines contrées du Canada si on se laissait un peu aller, avec ces sapins sur l’autre rive et cette eau pure (c’est l’eau potable de Mende et de ses environs) où l’on s’arrêterait bien volontiers pêcher si nous ne devions pas encore mouliner un peu.

Nous nous remettons donc en selle, en direction du plateau du Palais du Roi et de ce passage exceptionnel qu’est la descente vers Châteauneuf-de-Randon… Assis sur la machine, seulement lâcher les freins et se laisser emporter vers cette vallée qui vous tend les bras…

Enrouler ensuite la braquasse sur la D988 jusqu’à Aurouzet où nous retrouverons de plus petits axes en direction de la Chaze et même Naussac. La rive sud du barrage de Naussac, l’un des autres inattendus du périple…

Nous voici à Naussac à l’heure de la pause déjeuner et la chaleur est désormais accablante. Nous allons donc nous arrêter un moment et redescendre sur Langogne, toute proche, pour trouver quelque chose à boire et à manger ! Une pause bien appréciable, sur les marches de la vieille place de l’église Saint-Gervais-Saint-Protais.

La trace va ensuite longer le lac dont le niveau apparaît tristement bas alors même que nous ne sommes que début août. Et puis il y a cette odeur de brûlé laissée par les incendies qui, ici, ont fait rage il y a peu. Sans commune mesure avec ce qui se passe en Gironde, heureusement, mais désolant tout de même…

Nous quittons ces forêts calcinées pour la verdure des gorges du Chapeauroux. Une belle route, mais pas assez pentue pour vous éviter de pédaler. Elle vous emmène tranquillement vers un lieu que l’on appelle le Nouveau-Monde. Un lieu qui doit son existence et son nom aux ouvriers chargés de la construction de la voie de chemin de fer reliant Paris à Marseille, au XIXe siècle. Et où il fait aujourd’hui terriblement chaud !

Pour sortir de cette fournaise, j’indique à mon frère la route à suivre. Oui, celle-là même qui se détache en s’enroulant sur la colline. Nous débutons l’ascension, avec cette idée réconfortante de savoir que ce sera la dernière du périple. Saint-Haon, encore un effort pour arriver au Bouchet-Saint-Nicolas où je montre au frangin l’emplacement de ma première nuit sous la tente et où nous prenons de l’eau.

Le lac du Bouchet est tout près. Un beau lac de volcan, tout rond, où une foule impressionnante s’est donné rendez-vous. Depuis les berges, quelques gouttes et le grondement du tonnerre. Pourvu qu’il ne pleuve pas, que nous puissions terminer notre virée comme nous l’avons commencée…

Il ne pleuvra pas. Et nous terminerons cette escapade motivée par une éclipse comme il n’en arrive que rarement, à la gare du Puy-en-Velay. Un retour en train, facile, le long des gorges de Loire. Une parenthèse parfaite pour s’extraire doucement de la magie d’une aventure partagée à deux.

Trois jours de vélo. Pour quelques minutes d’une lumière un peu étrange…

 


Fiche

Descriptif :

GPX : Eclipse : 3jours pour un peu d’ombre
Pays : France
Région : Rhône-Alpes-Auvergne
Dépt : Loire
Ville de départ : Saint-Priest-en-Jarez (42270)
Difficulté : Haute
Distance : 341km / Dénivelé : 5500m
Durée : 20 heures 49min sur 3 jours
Sport : Cyclo-camping


2026
08.09

la ballade du Black Surly 🏴‍☠️

Ho hé, mes frères, tendez l’oreille,
Un conte se glisse au bout du monde,
C’est l’Black Surly, sombre merveille,
Vélo d’acier, lourdeur immonde.

Hissez haut, vogue la roue,
Par-d’là les routes, et pavés fous,
Capitaine libre, cœur sans patrie,
Ainsi s’en va, le Black Surly !

Forgeron crasse, marteau d’orage,
L’a façonné comme un vaisseau,
Chaque soudure fait dur rivage,
Chaque boulon un clou d’coqu’ d’eau.

Hissez haut, vogue la roue,
Par-d’là les routes, et pavés fous,
Capitaine libre, cœur sans patrie,
Ainsi s’en va, le Black Surly !

Les cols sont caps aux vents contraires,
Les sables bancs traîtres toujours mouvants,
Et quand la route forme mer amère,
Ce cadre grince fort contre l’océan…

Hissez haut, vogue la roue,
Par-d’là les routes, et pavés fous,
Capitaine libre, cœur sans patrie,
Ainsi s’en va, le Black Surly !

Mais prenez garde, âmes timides,
Le Black ne sert que les hardis,
Ne craignant pas la nuit rapide,
Qui vivent d’rêves, d’vents et d’pays.

Hissez haut, vogue la roue,
Par-d’là les routes, et pavés fous,
Capitaine libre, cœur sans patrie,
Ainsi s’en va, le Black Surly !

2026
07.19

Impression 3D PLA – Support Amazfit Active Max

Impression FDM d’un support pour ma nouvelle Amazfit Active Max. Car rien n’est plus agréable que de le faire soi-même !

Imprimé en PLA, le support est constitué de trois pièces, ce qui facilite l’impression sans support complexe tout en assurant un assemblage solide. Le câble de charge se fixe latéralement, le chargeur (référence W2556) est maintenu fermement en place, mais un bouton d’éjection intégré permet de le retirer en quelques secondes, sans avoir à forcer ni à démonter le support. La montre repose naturellement sur son support pendant la recharge, avec un angle qui met l’écran en valeur.

Un petit projet d’impression 3D qui montre qu’avec quelques grammes de PLA (50gr), il est possible de créer un objet pratique, personnalisé et bien plus agréable à utiliser que de laisser le chargeur traîner sur le bureau (et, je me connais, que je n’aurais pas mis longtemps à perdre… 😉 ! ).

2026
07.12

Le bassin d’Arcachon avec le frangin

Album photo accessible d’un clic sur l’image…

Les détails du séjour à venir (ou pas) 😉 !

2026
07.06

Ronde d’Aliénor d’Aquitaine 2026 (Abandon)


Résumé

Ravitaillement de Monpazier (CP n°4)

 

Eh bien non ! Il n’y aura pas de Ronde d’Aliénor d’Aquitaine pour moi cette année. Ce n’est pourtant pas faute d’avoir essayé. Mais les températures caniculaires de ce mois de juillet auront finalement eu raison de mon envie et de ma détermination.

46°C relevés au niveau du bitume, c’est trop. On peut boire, s’asperger, gérer autant qu’on veut, il y a un moment où le corps ne dissipe plus et où il devient très difficile de continuer sans se mettre en danger. Surtout quand on a déjà vécu une journée caniculaire la veille, dormi deux heures à peine sur un parking (Sarlat) et que Météo-France vous annonce encore deux journées écrasantes pour terminer… Sans même parler du risque d’incendie, particulièrement élevé dans les forêts landaises.

On se consolera en se disant que non, ce n’était vraiment pas l’année, et qu’il y en aura d’autres… C’est ainsi qu’avec Philippe et Mickaël nous analyserons la situation assis à l’ombre du grand château d’eau érigé au cœur du petit village de Laplume. Nous prendrons la décision d’arrêter, après 450km et déjà quelques hectolitres avalés au gré des fontaines, des cimetières et autres commerces de proximité.

D’autres continueront pourtant, et une soixantaine sur les 231 partants termineront (sur 280 inscrits), nous laissant avec cette petite amertume : oui, c’était faisable. Oui, les raisons que nous nous sommes trouvées à chaud relevaient peut-être aussi, un peu, d’une forme de facilité…

Avec le recul, je crois que tout s’est joué avant même le départ. J’étais venu avant tout pour découvrir une région que je ne connaissais pas, avec comme idée sous-jacente d’en profiter. Or, à mesure que la température montait, mon plaisir, lui, s’évaporait. Et il aurait mieux valu pour moi être dans une logique purement sportive. La même qui m’avait animé lors de mon premier Paris-Brest-Paris. Celle qui place la volonté de se dépasser et de repousser ses limites avant toute autre chose.

Voici ce qui animait Guillaume. Un Bordelais rencontré sur le parcours et avec lequel j’effectuerai près de 200 kilomètres entre Ronsenac (CP1) et Monpazier (CP4). Un type attachant, pas gâté par la vie et qui s’était promis d’aller au bout coûte que coûte, pour se prouver de quoi il était capable. Contrairement à moi, Guillaume terminera la Ronde. Je ne peux qu’être heureux pour lui et le féliciter. Au passage, je retiendrai aussi l’un de ses conseils : une cuillère à café de sel, une cuillère à soupe de sucre…

J’ai pu mettre un visage sur l’incroyable Géraldine avec laquelle j’avais échangé quelques mots au retour d’Une Pincée d’éléphant et que je suis désormais grâce aux réseaux sociaux, toujours étonné de voir jusqu’où elle peut aller, avec ses sandales et son sourire à toute épreuve. Géraldine encore une fois est allée au bout 🙂 .

J’ai aussi rencontré une équipe de bénévoles sur le pont et enthousiastes à l’idée de nous aider.

J’ai pu faire un bout de route, 450 kilomètres tout de même, traverser le pont d’Aquitaine, remonter les vignobles jusqu’à Saint-Émilion, m’enfoncer dans le vent brûlant au plus près de la frontière sud du parc naturel régional du Périgord-Limousin, savourer les villages authentiques et goûter au calme des routes de Dordogne. Voir le soleil se coucher, espérer la fraîcheur mais trouver à la place une nuit chaude et très claire. Apprécier le repas chaud servi à Monpazier par des bénévoles particulièrement en verve. M’allonger quelques minutes dans le dortoir du checkpoint pour constater à mon grand regret que mon sommeil est beaucoup trop léger pour ces endroits-là. Repartir, seul dans l’obscurité, et m’offrir un intermède très court dans le bivy. Rejoindre Agen enfin, parcourir sa campagne environnante qui ne m’a pas plu du tout…

« Si tu vois le verre à moitié vide, verse-le dans un verre plus petit et arrête de nous emmerder » 

J’adresse ici un grand merci à toute l’équipe des Randonneurs Autonomes Aquitains. Certes, nous n’avons pas eu de chance avec cette canicule et nous aurions, pour beaucoup d’entre nous, aimé pousser plus loin notre aventure sur ce beau parcours que vous nous avez tracé. Mais la RAA, même écourtée, fut un beau moment et le prétexte parfait pour lancer des vacances bien méritées !


Fiche

 

Descriptif :

GPX : RAA1200 – Ronde d’Aliénor 2026
Pays : France
Région : Nouvelle Aquitaine
Dépt : Gironde
Ville de départ : Saint Médard-en-Jalles (33160)
Difficulté : Très Haute
Distance : 1200km / Dénivelé : 10230m
Durée : 20 heures 37 : Abandon au km 460, 4200m de D+
Sport : Cyclisme Route
Homologation : Abandon


2026
06.13

Les Grands Ducs du Forez ⛰️⛰️⛰️

Défi réussi le 13 juin 2026 après une première tentative mémorable lors du solstice 2022 !

A vous de jouer maintenant ! L’aventure se mérite. Mais elle vaut le coup !

2026
05.31

#BRM300 des Volcans 2026 (Mozac)


Résumé

3h30.

La nuit est épaisse encore au départ de ce brevet organisé par Mozac pour la première fois.
Nos deux phares découpent des cercles sur l’asphalte. Rien au-delà.
L’Auvergne entière tient dans ces halos fragiles.

300 kilomètres, 6000 mètres de dénivelé positif.
Des chiffres abstraits. Qui ne pèsent pas encore…

Nico et moi, on connaît cet instant. Tant de longues virées ensemble déjà vécues.
Notre entame est silencieuse, presque douce. Une sensation souvent trompeuse.

Les pentes invisibles mais déjà fortes vers Chanat-la-Mouteyre.
Le corps ne comprend pas. L’esprit non plus.…

Puis les Volcans arrivent. Pas d’un coup. Par couches, et élévations successives.
Le terrain cesse d’être horizontal, il insiste.

Mozac a disparu. Sans bruit.
La route s’enfonce dans une autre logique.

Les bosses, les cols s’y allongent.
Les jambes répondent à l’invitation d’explorer plus loin.
Le souffle change de rythme, profond mais toujours aussi volontaire.

Le Pas de Peyrol est loin devant. Mais on le perçoit déjà présent dans tout ce qui précède.
Une pression diffuse. Une idée de verticalité qui travaille en arrière-plan.

Il n’y a pas encore de fatigue.
Seulement quelque chose qui s’installe sans se dire.

Et puis le jour commence à exister. Très lentement.
Comme si le monde hésitait à se rallumer.

300 kilomètres, 6000 mètres de dénivelé ne sont plus des chiffres.
Nico décroche. Je termine seul.


Fiche

 

Descriptif :

GPX : BRM300 des Volcans 2026
Pays : France
Région : Auvergne
Dépt : Puy-de-Dôme
Ville de départ : Mozac (63200)
Difficulté : Haute
Distance : 300km / Dénivelé : 6000m
Durée : 15 heures 36
Sport : Cyclisme Route
Homologation : 358026


2026
05.23

#BRM400Feurs, un parcours entre Loire et Allier !


Résumé

Et voilà, le 400 kilomètres que nous attendions tous est dans la poche ! Certains diront que ce n’était qu’un « petit 400 », mais il n’empêche : il comptera beaucoup pour ceux qui voudraient faire le Paris-Brest l’an prochain… Les places sont chères 😉 !

Petite pause récupératrice à Lavoûte-Chilhac

Quoi qu’il en soit, c’était un très, très beau brevet et j’ai beaucoup apprécié cette journée avec la belle équipe que nous avons formée d’un bout à l’autre. Les initiés (pour ne pas dire habitués), Serge, Régis, Philippe, et les « nouveaux fous », comme je crois bien l’avoir lu quelque part sur Strava : Alex, Thierry, Pierre-Claude, Pascal et Jean-Paul qui, un temps, nous aura fait peur mais qui, accrocheur, a pu terminer malgré les crampes (et certainement beaucoup grâce au soutien de Caro aussi !) Bravo !

Ce groupe est vraiment solide et c’est clair qu’en canalisant un peu les enthousiasmes, les 1200 km entrecoupés de pauses du PBP sont parfaitement envisageables ! Non, ce n’est pas 3 fois plus dur !

Félicitations aussi à Philippe et Alexandre, avec qui nous avons fait les premiers kilomètres mais qui ont eu la sagesse de laisser filer pour réussir leur 400 de très belle manière ! Philippe, merci pour ton CR très bien écrit, où j’ai retrouvé certaines émotions de mes premières participations. C’est en lisant des commentaires comme le tien qu’on comprend quelle aventure c’est, un brevet, et combien ce n’est pas réservé à une « élite », mais accessible, à condition de bien s’y préparer et de le faire toujours en s’écoutant.

C’est un itinéraire que l’on peut rouler en plusieurs jours aussi, comme l’ont fait Philou, Marie, Jean-Paul, Marco et Bernard, avec le concours d’Annie pour des ravitaillements trois étoiles et, de ce que j’ai vu, assez désaltérants !

Si j’ai bien compris, un projet de BRM 400 en trois jours est en train d’être mis sur pied pour les rouleurs (un peu) plus cool. Franchement, n’hésitez pas, foncez, vous ne serez pas déçus !!!

Car c’est un brevet mais aussi un micro-voyage. Si j’aimais beaucoup l’ancien 400, je dois bien avouer que celui-ci m’a vraiment scotché. Vraiment, c’était une très bonne idée que d’emprunter ce tracé naturel que forment les gorges de l’Allier et de la Loire. Le travail de repérage effectué en deux fois sur la base du tracé initial effectué par Sébastien a été parfait. Merci à Gilles, Joëlle, Serge et Marie-Noëlle qui, je crois bien, y étaient aussi.

Je retiendrai le secteur après Chignat, que je connais peu et qui est vraiment superbe avec ses nombreux châteaux et ses jolis vallons. Le secteur après Brioude ensuite, dense, c’est vrai, côté dénivelé, mais à tous points de vue exceptionnel ! À la question « est-ce que ce brevet est plus dur que l’ancien ? », je dirais que oui, pour cette partie seulement. Car une fois sur les hauteurs du Puy, le retour est beaucoup plus simple, si tant est que l’on n’ait pas un gros vent du nord…

Elle est potable !

Samedi, c’était même un nouveau souffle. Car avec la nuit qui arriva tandis que nous quittions Le Puy, des températures plus fraîches, et même carrément agréables puisque nous avons pu finir en court sans même avoir froid. Une nuit d’été presque, vivante, avec la traversée de nombreuses villes éclairées où nous avons été encouragés par de nombreuses personnes qui, décidément, seront toujours surprises de voir des vélos en pleine nuit…

A partir de Saint-Just, c’est un peu plus délicat, car le réseau urbain est riche en pièges et il faut être lucide pour les éviter. C’est le moment qu’a choisi Pascal pour prendre les commandes et réguler à bonne allure les 40 derniers kilomètres. Dans la lumière additionnée des phares, ce fut assez facile. Il suffisait de suivre !

Terminer ce qui est mon quatrième 400 à Feurs. D’autres en ont infiniment plus. D’autres ont fait aujourd’hui leur premier. Mais ça ne change rien. Les 400 sont, au même titre que tous les brevets, toujours de belles aventures.

Surtout quand on est accueilli comme on l’est toujours à notre arrivée ! J’adresse d’ailleurs ici un immense merci à Joëlle, Gilles, qui ont fait nuit blanche, à Christian B., et à celles et ceux que j’aurais pu oublier. Une pensée pour Daniel aussi.

Une dernière observation : en 2026, trois brevets. Tous sous le soleil ! Alors pour 2027 🤞 !!!

Un (autre) Squadratiste heureux.

Damien


Fiche

 

Descriptif :

GPX : BRM400Feurs 2026
Pays : France
Région : Rhône-Alpes
Dépt : Loire
Ville de départ : Loire (42110)
Difficulté : Haute
Distance : 405km / Dénivelé : 4350m
Durée : 17 heures 44
Sport : Cyclisme Route
Homologation : 231668


2026
05.09

Aux sources de la Loire, avec le frangin


Résumé

Refaisons aujourd’hui cette trace que, trois ans et demi plus tôt, Nicolas nous avait concoctée.

Refaisons-la en l’adaptant à l’envie et aux jambes du moment, car il devient inutile de prolonger au-delà ce qui constitue déjà une journée parfaite.

Avec le frangin, qui récupère lui aussi doucement des Ardennes, allons voir ce que la Haute-Loire a à nous offrir.

Depuis Yssingeaux, à seulement quelques dizaines de kilomètres de Sainté, vérifier une fois encore qu’il n’est finalement pas nécessaire de traverser la France entière pour être dépaysé

La Haute-Loire, ses sucs si singuliers, ses grands espaces où l’on respire.

J’ai aimé cette journée durant laquelle nous avons remonté ensemble la Loire, mince filet d’eau encore discret, caché au creux de vallées encaissées.

J’ai aimé casser la croûte avec mon frère sur l’inattendue plage du lac d’Issarlès. Le corps rafraîchi par le vent balayant en rafales les eaux bleutées du lac.

J’ai aimé voir les paysages se transformer à mesure que nous prenions de l’altitude en direction du mont Gerbier-de-Jonc. Ce rocher emblématique qui donne naissance au plus grand fleuve sauvage d’Europe.

Nous y dégusterons une simple tablette de chocolat. Sans doute le meilleur carburant que l’on puisse emporter avec soi.

J’ai aimé enfin lui faire découvrir la route touristique du pied du mont Mézenc. Une route en balcon ouverte sur les paysages si surprenant où flotte l’odeur tenace des genêts en fleurs.

Et puis j’ai aimé le voir s’arrêter régulièrement, invoquant mille raisons plus ou moins crédibles, mais laissant surtout deviner que le but de la journée était atteint. Que la découverte de cet endroit absolument unique l’enthousiasmait réellement.


Fiche

Descriptif :

GPX : Aux sources de la Loire
Pays : France
Région : Rhône-Alpes
Dépt : Haute-Loire
Ville de départ : Yssingeaux (43200)
Difficulté : Moyenne
Distance : 155km / Dénivelé : 2750m
Durée : 8 heures 01
Sport : Cyclisme Route

 


2026
04.25

Liège-Bastogne-Liège Challenge 2026


Résumé

Défi réussi pour tous les deux et une belle médaille à ramener à la maison comme souvenir parfait d’une journée pas comme les autres…

Le voici, le deuxième monument d’un cycliste toujours très amateur, après Paris-Roubaix en 2017 ! Mais le plus monumental dans tout cela, est d’avoir pu le partager avec le frangin qui, s’alignant sur le parcours intermédiaire (160km, 2600m de D+), réussi là sa toute première cyclosportive ! Pas la plus simple, et en Belgique ! De quoi être littéralement trop fier de lui !

Liège-Bastogne-Liège est un mythe ! L’une des courses les plus emblématiques du calendrier cycliste, l’une des plus ancienne aussi puisque créée en 1882 par le Pesant Club Liégeois et le Liege Cyclist Union. Un aller/retour entre la cité Ardente et Bastogne, sur un parcours accidenté marqué par de nombreuses ascensions vraiment très raides ! Dont les célèbres rampes de la Redoute où de la Roche-au-Faucons dans lesquelles les coureurs les plus forts souvent s’envolent tandis que les autres abdiquent, rongés, usés par les efforts consentis tout au long des 250 kilomètres (voir plus) que compte la course ! Ainsi LBL a vu s’imposer les cadors de la discipline : de Bernard Hinault à Merckx, de Philippe Gilbert à Remco Evenepoel et bien sûr l’ogre de ces dernières saisons, j’ai nommé le toujours très cool Pogačar !!!

  • 1980 : l’épopée glaciale de Bernard Hinault : L’édition de 1980 reste gravée dans les mémoires en raison des conditions météorologiques extrêmes. Sous une tempête de neige, Bernard Hinault attaque à 80 km de l’arrivée et s’impose en solitaire avec près de 10 minutes d’avance sur le deuxième. Sur les 174 coureurs au départ, seuls 21 terminent la course, illustrant la dureté exceptionnelle de cette édition.​

  • 1999 : l’éclat de Frank Vandenbroucke : En 1999, le jeune Belge Frank Vandenbroucke réalise une performance éclatante. Connu pour son talent et son panache, il attaque dans la côte de La Redoute, distançant ses rivaux pour remporter une victoire mémorable. Cette édition est souvent citée comme l’une des plus belles démonstrations de force dans l’histoire récente de la course.​
  • 2005 : le coup de maître de Vinokourov et Voigt : L’édition 2005 est marquée par une échappée audacieuse. À 80 km de l’arrivée, Alexandre Vinokourov et Jens Voigt s’échappent du peloton. Malgré la distance restante, ils collaborent efficacement et parviennent à maintenir leur avance jusqu’à l’arrivée. Vinokourov s’impose au sprint, démontrant que l’audace peut payer sur les routes ardennaises.
  • 2011 : le quadruplé historique de Philippe Gilbert : Philippe Gilbert réalise en 2011 un exploit rare en remportant consécutivement la Flèche brabançonne, l’Amstel Gold Race, la Flèche Wallonne et Liège-Bastogne-Liège. Lors de cette dernière, il s’impose au sprint devant les frères Schleck, complétant ainsi un triplé ardennais historique qui le consacre parmi les grands du cyclisme.

A cette liste déjà bien fournie, nous pourrons rajouter demain la démonstration de Tadej Pogačar et Paul Seixas dans un mano-à-mano intense dans la côte de la redoute ! Un final des plus exceptionnels vécu avec mon frère sur la ligne d’arrivée à Liège grâce aux écrans et aux commentaires de la voix du Tour, le grand Marc Chavet… Un grand moment de vélo où le jeune prodige a semblé un temps pouvoir bousculer un Tadej que l’on croyait pourtant imbattable ! Lot de consolation, Paul ramène le KOM de la Redoute en 3 minutes et 45 secondes, plus de 24 km/h ce qui est stratosphérique tant cette cote est difficile ! Il me faudra 11 minutes et 16 secondes pour boucler cette même cote au bout de ma vie, et 11 minutes et 52 secondes pour le frangin ! De la même façon que pour Paris-Roubaix, on comprend beaucoup mieux la portée de l’exploit après avoir expérimenté le circuit avec ses propres jambes !!!

Autre différence avec les pros, nous ne partirons pas de Liège mais de Banneux, qui est à une petite demi-heure de voiture au sud de Liège. Un bel endroit pour démarrer, et un choix probablement motivé par la difficulté de faire passer près de 8000 coureurs dans le cœur d’une grande ville. De plus, le départ ne se fera pas groupé comme dans la majorité des cyclosportives auxquelles j’ai pu participer, mais par vague successives dans un créneau d’une heure pour le grand parcours. Une très bonne chose, qui outre le fait de fluidifier le trafic sur les ravitaillements permet aussi de diminuer les risques. Ceci étant d’autant plus vrai que l’ambiance était très sereine et les participant relativement prudents pour ce genre d’évènements. L’effet Belgique peut-être !

Coté météo, nous avons de la chance ! Car bien qu’il fasse encore frais au moment de partir, la journée s’annonce estivale ce qui me permet de ne pas m’encombrer et de ne partir qu’avec le kway. 10km sur de grandes routes en faux plat descendant plutôt rapides au début, jusqu’à Sougné qui nous apparaît bien mystérieuses sous les brumes formées par l’Amblève… Un cours d’eau que nous longeons à vive allure jusqu’à Chession où nous bifurquons pour suivre cette fois la rivière de l’Ourthe. Les paysages défilent, à 35/38km/h ce qui me fait mal aux jambes tant j’ai perdu l’habitude de ces départs rapides… Et dans la tête, cette phrase lu au détour d’un blog : « Si tu n’es pas facile jusqu’à Bastogne, c’est que tu roules trop vite…« 

Je lève donc le pied dans la première montée du parcours, la cote de Tohogne, qui bien que peu pentue impose un brusque changement de rythme… Durbuy, la plus petite ville du monde mais pas la moins jolie avec son château et son centre ancien. Deux voitures vintages nous y doublent, et puis, dans l’odeur bleutée de leur gaz d’échappement, une épingle comme premier contact avec l’essence même de cette course ! Une belle rampe se dresse sans prévenir et vous scotch sur le petit plateau. Notre groupe explose, car la côte vient de remettre en quelques mètres seulement tout le monde à sa place ! Mur de Durbuy : 1.2km, 6.5% de moyenne, et des passages à 12.4% 😅

La ville de Durbuy, le long de l’Ourthe, est la première cote référencée du parcours…

Nous empruntons à présent de petites routes, étroites, sinueuses mais aussi tellement râpeuses ! Et c’est l’une des surprises de ce LBL, l’état des routes dont nous avions pu avoir hier un aperçu sur l’autoroute et qui se révèle par endroit vraiment limite. Et il vaut mieux bien tenir le guidon toujours si l’on ne veut pas finir au tapis ! Bien choisir l’endroit où poser ses roues aussi tant les crevaisons aujourd’hui seront nombreuses ! Je pense au frangin qui a du partir maintenant. J’espère qu’il aura la chance d’éviter les pépins…

Nous continuons à grimper, vers le point haut du parcours situé à 634m d’altitude et au 75ième kilomètre. En dehors de l’état de la chaussée, les paysages sont plutôt jolis, avec des prairies verdoyantes séparées par de longues portions boisées. Et très très peu de ville, et de voitures forcément. Si ce challenge se déroule sur route ouverte, nous sommes assez peu gêné et les groupes peuvent se former sans contraintes et s’étaler sur la chaussée. La fièvre des premiers kilomètres a fini par retomber, et chacun a bien compris qu’il faudra géré pour aller au bout… Les jambes vont mieux de mon coté, en tout cas beaucoup mieux qu’au début, et de groupe en groupe je cherche les bonnes roues pour m’abriter…

Vient une longue descente, relativement pentue et donc assez voir trop rapide sur ces revêtements vraiment très approximatifs… Nous retrouvons une rivière, c’est l’Ourthe orientale que nous allons remonter jusqu’au village d’Houffalize où est installé le second ravitaillement (j’ai fais l’impasse sur le premier, beaucoup trop près du départ). Mais avant, je vais devoir m’arracher, dans les fortes pentes qui grimpent à travers le village. Les jambes chauffent et le braquet s’avère limite…. Car j’ai bien cru voir un panneau 14% au pied de cette cote de Saint Roch : 1.1km à 11.6% de moyenne, et des passages à 18% 😱 ! Une côte souvent considérée comme la première du grand Liège-Bastogne-Liège ! Un monstre dur à avaler !

Poser le vélo, puis se frayer un chemin entre les participants encore groggy par cet effort violent. Le ravitaillement est copieux, des chips, des fruits, des gaufres mais pour l’eau, c’est beaucoup plus compliqué, avec des files et sans mauvais jeu de mot un embouteillage géant… Heureusement, il m’en reste suffisamment dans les bidons pour faire l’impasse et éviter de perdre trop de temps ici…

Allez hop, je repars… et suis douché par la route qui doit nous mener jusqu’à Bastogne. Une purge de 10km de ligne droite sur une piste cyclables dégueulasse et pleine de débris en tout genre… Mais surtout, je vois les groupes me dépasser sans que je ne sois en mesure de prendre la moindre roue… En panne de jambes et une piquée au ventre qui m’inquiète un peu… Peu habitué à ces moyennes (nous avons rouler à 28km/h sur les 90 premiers kilomètres), je me suis probablement un peu enflammé, et redoute désormais la suite…

Bastogne, j’avais promis de faire une photo du char pour Gilles et Laurent mais malheureusement nous n’allons pas rentrer dans la ville, seulement l’esquiver par le nord. C’est bien dommage, mais Youtube permet heureusement d’apprendre deux trois truc sur ce témoin chenillé de l’histoire. Gilles, Laurent, si jamais vous passez par là…

Nous venons de bifurquer vers le nord, et les routes redeviennent enfin beaucoup plus intéressantes. Et tandis que les groupes toujours se forment et se déforment, j’ai opté pour un rythme plus conventionnel. Un rythme régulier et souple appris lors des brevets et la meilleure assurance certainement pour espérer voir la ligne 🙂 ! Car si je suis venu pour la course, je suis aussi là pour découvrir les paysages d’une Belgique que l’on qualifie à tord souvent de plat pays. Et je dois dire que cela me plaît : avec cette alternance de hauts plateaux ouverts, où les grandes prairies sont parsemées de fermes isolées et côtoient de un ciel aujourd’hui parfaitement dégagé.

Puis, peu à peu, la route change. Les vallons apparaissent. Les bois se rapprochent. Les sapins prennent le dessus et l’air devient plus frais, plus humide. La lumière filtre entre les arbres et la route commence à onduler sans relâche. Chaque descente annonçant la montée suivante. On entre dans une Ardenne plus sauvage, plus dense et silencieuse. On traverse des hameaux de pierre grise, des ruisseaux, des portions où seul le bruit des roues accompagne l’effort. Il y a quelque chose d’intemporel dans cette progression : une sensation d’isolement, de nature brute, presque de retour en arrière.

Puis arrive la descente vers La Roche-en-Ardenne. Soudain, la vallée de l’Ourthe s’ouvre et les collines deviennent plus abruptes. La route serpente entre les forêts, et au détour d’un virage apparaît la ville, nichée dans une boucle de la rivière. Dominant l’ensemble, les ruines du château médiéval donnent au paysage une allure spectaculaire, presque irréelle après ces heures à pédaler. La vallée est vivante, resserrée, profondément ardennaise.

Nous avons parcouru près de 140km, et la ville est ce refuge au milieu des bois où nous pourrons ravitailler. Encore une fois, tout est très bien organisé. Sous les barnums, s’étalent de quoi boire et se sustenter : il y a même des petits bols de pâtes qui, assis quelques minutes à l’ombre, se mangent très bien…

Le ravitaillement de la Roche-en-Ardenne, il est midi et quarante-cinq minutes. Cela fait un peu plus de cinq heures que nous roulons. Nous avons parcouru 140km, soit déjà un peu plus de la moitié du parcours. « N’oubliez pas d’en profiter surtout ! »

La reprise est beaucoup plus plaisante que lors du ravitaillement d’Houffalize, avec l’ascension du col de Haussire qui se fraye délicatement un passage à travers la végétation. Un col raide encore une fois, où je réfléchi à la question des braquets qu’il m’aurait fallu. Je peine en effet à enrouler le 34×32 qui normalement permet de monter aux arbres… A ma gauche, une fille avec une sacoche bikepacking grimpe elle tout en souplesse. Ces fines jambes actionnant un GRX vers lequel je devrais un jour certainement me tourner… Col de Haussire : 4.1km, 7.8% de moyenne avec des passages à 15.5% 😣

Le secteur suivant est heureusement globalement descendant ce qui va me permettre de récupérer. Mormont, je m’arrête quelques minutes au ravitaillement pour faire le plein d’eau et retirer le tour de coup qui décidément est devenu de trop. Qui a dit qu’il ne faisait pas chaud en Belgique au mois d’avril ?! Sur les visages, beaucoup de sourires, du soulagement mais aussi quelques rictus. Liège-Bastogne-Liège est difficile, et j’entends pourtant un participant dire que nous n’avons encore rien vu… !

Car à peine la descente terminée, nous prendrons à droite via un petit col culminant modestement à 370m mais dont les premières rampes sont terribles… Col du Rideux : 2.3km, 6.9% de moyenne avec des passages à 12.9%. Ne nous plaignons pas cependant, le versant opposé étant beaucoup plus pentu encore !

Roche-en-Frêne, la route tourne brusquement à l’épingle ce qui est souvent très mauvais signe ! Voici la côte de la Roche-en-Frêne, un nom qui va tout de même bien nous marquer (les mollets) ! Elle a tout pour elle : le cadre et la tranquillité, la longueur relative… et la pente, conséquente tout du long. Beaucoup de cyclistes font l’erreur de l’attaquer à fond et sont contraints de rétrograder ensuite. Mais comme je n’ai pas des jambes flamboyantes en ce moment, je dose. Et profite des jolies vues sur la vallée en contrebas. Côte de la Roche-en-Frêne : 2.1km, 9.2% de moyenne et des passages à 13.5%. C’est je crois le tarif dans cette région où l’on a choisi de ne pas tourner éternellement autour du pot…

Je consulte mon compteur. J’ai parcouru 180km en 7h35 ce qui fait du 23.7km/h pauses incluses. Une moyenne bien honorable après la flèche réalisée il y a trois semaines et cette crève que je traîne depuis et qui m’a laissé exsangue. Après toutes ces petites routes plus étroites et rugueuses les unes que les autres, nous empruntons dorénavant un rouleau de réglisse (la N30) absolument parfait pour se laisser glisser en peloton. C’est que l’on en aura pas fait tant que cela de la roue libre aujourd’hui ! Alors on profite !

Rebelote ! Comme une histoire qui se répète, la trace prend à droite et nous y découvrons la côte de Niaster, une ascension respectable mais tout de même beaucoup moins abrupte que ses voisines. C’est même une belle montée, avec son docile final perdu au milieu de la nature… Un moment de calme, avant la tempête que nous sentons venir… Côte de Niaster : 4.1km, 4.7% de moyenne et 10.3% au plus fort de la pente. Le 200ième kilomètres est presque pile à son sommet, il en reste donc 50, et il seront d’anthologie !

Car la répétition des efforts est la marque de fabrique de cette course qui ressemble davantage à une guerre d’usure qu’à une épreuve de vélo… Alors lorsque nous arrivons à Remouchamps, pas question pour moi de m’arrêter au ravitaillement installé à deux pas seulement de la Redoute. Ce mythe escarpé où de nombreuses victoires se sont écrites (des drames aussi), et qui nous offrira une nouvelle fois un spectacle insensé demain. La Redoute, c’est le genre de truc où il est impossible de faire semblant. Il faut s’y donner à fond, et lutter contre l’irrépressible envie d’y poser pied à terre… Mais si ça grimpe sévèrement, les encouragements du public déjà en place et les camping-cars en nombre vous font aussi prendre conscience de ce que vous êtes en train de faire… Partout, les noms des champions qui demain auront tout juste le temps de lire ces encouragements… On sent vraiment qu’on est dans un jour spécial ! Et que la Belgique sera bien toute là pour applaudir les coureurs ! Et si la rampe au milieu est terrible, c’est bien le final qui me fusille. Et je m’arrache pour franchir le sommet tout en gardant la face debout sur mon vélo ! Côte de la Redoute : 1.7km, 9.5% et des passages à 20% 😵

 

Mais plus que difficulté de la côte, c’est la perversité des organisateurs que je relève lorsque je me rend compte qu’après avoir tourné à droite au sommet, nous redescendons pour retomber à quelques mètres de là où nous sommes partis… Quelques mètres sur une route presque toute plate. Avouez que cela aurait été moins drôle !!!

A peine le souffle retrouvé, il nous faut monter la côte de Cornemont qui bien heureusement est courte et plutôt facile. N’empêche, son enchaînement à vive allure sera certainement fatale à celui ou celle qui sortirait de la Redoute un peu trop entamé…

La côte des Forges s’est passée convenablement. Il faut dire que n’importe quelle côte qui serait située en la Redoute et la Roche aux Faucons doit paraître facile, tant ces deux ascensions sont difficiles. Il n’en reste pas moins un effort de sept minutes trente secondes avec un maximum à 11% qui s’ajoute encore à la succession de rapioles déjà avalées jusque là !

La Roche-aux-Faucons arrive après 226 kilomètres et bientôt 4000 mètres de dénivelé positif. La fin y est terrible : on commence par une partie bien pentue, on tourne à gauche sur une pente plus douce, avant de tourner à droite sur une partie interminablement pentue. Plus on avance dans la pente, plus on pense se rapprocher du sommet, plus la route se cabre. On est content de retrouver une courte descente, et moins content d’enchaîner directement avec une montée de 2 kilomètres à « seulement » 5 ou 6%, une montée bien évidemment non répertoriée car beaucoup trop facile ! C’est ici que demain le miracle attendu s’éteignit. Pogačar parvenant après une entame pied au plancher à décoller un Paul Seixas qui nous aura malgré tout bien fait rêvé ! Côte de la Roche aux Faucons : 1.3km, à 11.2% de moyenne et des passages à 14.9% 🤢

Comme nous ne sommes pas des pros et que notre départ se trouve à Banneux, nous aurons droit à un petit bonus, la côte de Cortil… Une petite côte bien gentillette à l’égard de la globalité mais que je grimpe à ce stade avec les oreilles et l’énergie du désespoir 😂.

Je termine les 250 kilomètres de ce Liège-Bastogne-Liège Challenge Monumental en 11h04min dont 10h41min de roulage soit 22,6km/h de moyenne (23.5km/h sans les pauses) ce qui n’est pas si dégueux vu la préparation tronquée et la difficulté éprouvée du parcours. Car les montées sont trop courtes pour pouvoir se mettre à un train, les descentes sont trop courtes pour récupérer et les vallées nécessitent en permanence de pédaler. La distance importante, et les côtes redoutables concentrées dans le dernier secteur en font je crois une épreuve bien plus difficile que nombre de cyclosportives se déroulant en montagne.

Dans tous les cas, c’était une très belle expérience, le genre de chose qu’il faut avoir essayé au moins une fois lorsque l’on est cycliste. Pour le coté touristique du périple d’abord mais aussi pour se rendre compte à quel point nos champions sont hors normes. Oui, ils peuvent nous faire rêver. Car ils repoussent les limites à un niveau que l’on a bien du mal à imaginer…

Mon frère à l’arrivée du 160km, en 8h10 pour 7h24 de roulage. Bravo Cédric ! Tu as réalisé une belle course, et j’ai été tellement content de pouvoir la partager avec toi ! Tu resteras pour moi le Champion du samedi 😉


Fiche

 

Descriptif :

GPX : Liège-Bastogne-Liège 2026
Pays : Belgique
Province : Liège
Ville de départ : Banneux (4141)
Difficulté : Haute
Distance : 250km 
Dénivelé
: 4150m
Durée : 11heures 04
Sport : Cyclisme Route